
La date du scrutin a été fixée par un arrêté du 2 juillet 2025 pour l'ensemble de la fonction publique. Les règles d'organisation figurent désormais dans le Code général de la fonction publique, dont la partie réglementaire consacre un long ensemble de dispositions au vote électronique, de l'article R. 211-503 à l'article R. 211-584. Lorsque le vote électronique est retenu, la période de vote s'ouvre plusieurs jours avant le 10 décembre : de nombreux centres de gestion ont ainsi annoncé une ouverture du vote en ligne du 3 au 10 décembre 2026.
Derrière ce calendrier se cache une chaîne de traitements que le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) saisit dans son intégralité. Les arrêtés de carrière transmis par la commune servent à établir les listes d'électeurs ; les noms des agents sont affichés ; des identifiants personnels leur sont adressés ; leurs suffrages sont chiffrés, dépouillés, puis archivés. Chacune de ces étapes doit respecter les principes cardinaux de l'article 5 du RGPD : finalité déterminée, minimisation, exactitude, limitation de la conservation et sécurité.
Qui est responsable ? Commune, centre de gestion et prestataire de vote
La première question à trancher est celle de la répartition des rôles. Pour les communes de petite taille, le comité social territorial et les commissions administratives paritaires sont placés auprès du centre de gestion, qui organise le scrutin et choisit, le cas échéant, le prestataire de vote électronique. Pour les collectivités qui disposent de leurs propres instances, c'est l'autorité territoriale elle-même qui porte l'organisation. Dans le vocabulaire du RGPD, l'autorité organisatrice détermine les finalités et les moyens du traitement : elle en est le responsable, et le prestataire de vote agit comme sous-traitant au sens de l'article 28.
Cela ne signifie pas que la commune affiliée au centre de gestion soit déchargée de toute obligation. C'est elle qui transmet les informations relatives à ses agents, qui vérifie les listes et fait remonter les corrections, qui distribue parfois les courriers de vote et qui met à disposition un poste informatique pour les agents dépourvus d'équipement. Chacune de ces opérations est un traitement dont le Maire répond. Si la secrétaire de mairie transmet au centre de gestion un tableur contenant, outre les grades et les dates d'entrée en fonction, les adresses personnelles et les numéros de sécurité sociale des agents, la commune a déjà manqué au principe de minimisation avant même l'ouverture du scrutin.
Pour les collectivités qui organisent elles-mêmes leurs élections, l'exigence monte d'un cran. Le contrat conclu avec le prestataire de vote doit contenir les clauses imposées par l'article 28 du RGPD : instructions documentées, confidentialité, sécurité, encadrement des sous-traitants ultérieurs, assistance en cas de violation de données et sort des données en fin de mission. Un prestataire qui se réserverait le droit de réutiliser les fichiers d'électeurs pour ses propres besoins ne peut pas être retenu.
La liste électorale : minimisation et affichage maîtrisé
La liste électorale est le document le plus exposé du scrutin, puisqu'elle est affichée plusieurs semaines avant le vote afin de permettre aux agents d'en vérifier l'exactitude et de demander des rectifications. Sa vocation est unique : permettre de vérifier la qualité d'électeur et d'organiser le scrutin. Tout ce qui ne sert pas cette finalité n'a pas sa place sur le document affiché dans le couloir de la mairie ou publié sur l'intranet.
Les spécialistes du vote électronique, s'appuyant sur la doctrine de la CNIL, rappellent que l'adresse personnelle n'a en principe pas à figurer sur la liste et que le numéro de sécurité sociale ne peut être utilisé que dans des cas strictement encadrés. Concrètement, si Monsieur Dupont, adjoint technique, souhaite vérifier qu'il est bien inscrit, il doit pouvoir le faire sans que ses collègues découvrent sa date de naissance, sa situation statutaire détaillée ou une éventuelle position de disponibilité ou de congé de longue maladie qui expliquerait une mention particulière.
L'affichage doit également être limité dans le temps et dans l'espace. Une liste affichée dans un local accessible au public, ou laissée en ligne sur le site internet de la commune après le scrutin, constitue une diffusion excessive. Le bon réflexe consiste à afficher dans un lieu réservé aux agents, à retirer la liste dès que les délais de contestation sont écoulés, et à tracer les demandes de rectification reçues, conformément au principe d'exactitude posé par l'article 5 du RGPD.
Le vote électronique sous le regard de la CNIL : une doctrine en transition
Le vote électronique n'est pas obligatoire, mais lorsqu'il est retenu, il est soumis à des exigences de sécurité particulièrement strictes. La CNIL a adopté, par une délibération n° 2026-045 du 19 mars 2026, une nouvelle recommandation relative à la sécurité des systèmes de vote par correspondance électronique, qui abroge les textes de 2010 et de 2019. Ce nouveau référentiel repose sur une grille d'analyse qui classe chaque scrutin selon un niveau de risque et relève le socle minimal de sécurité, notamment en matière de chiffrement des bulletins dès leur création.
Une nuance essentielle doit toutefois être comprise par les élus. La CNIL a indiqué dès novembre 2025 que la recommandation de 2019 resterait applicable jusqu'à la fin de l'année 2026 et qu'elle s'appliquerait aux élections des représentants du personnel de la fonction publique prévues en 2026, compte tenu des délais techniques et organisationnels qu'elles imposent. Le scrutin du 10 décembre se déroulera donc sous l'empire de l'ancienne recommandation, mais il serait imprudent de choisir aujourd'hui un prestataire pour les scrutins futurs sans vérifier sa capacité à satisfaire les exigences nouvelles.
Le Code général de la fonction publique impose par ailleurs une expertise indépendante préalable du système de vote, organisée par ses articles R. 211-518 à R. 211-521. Depuis 2024, les rapports issus de ces expertises doivent obligatoirement être transmis à la CNIL, qui a publié en juin 2026 une page détaillant les modalités d'envoi. Un rapport est attendu avant le scrutin, couvrant l'ensemble de la solution et les procédures de vote, puis un rapport final après les opérations électorales, portant notamment sur la gestion des clés de déchiffrement, le scellement du système, le dépouillement et l'archivage. L'autorité organisatrice doit être en mesure de prouver que ces étapes ont bien été accomplies.
Identifiants de vote : le maillon le plus fragile de la chaîne
La sécurité d'un scrutin électronique repose en grande partie sur la manière dont l'agent reçoit ses moyens d'authentification. La doctrine de la CNIL exige des identifiants dédiés au scrutin et préconise leur transmission par deux canaux distincts, par exemple l'identifiant par courrier postal et le mot de passe par la messagerie professionnelle, afin qu'une seule interception ne suffise pas à voter à la place de l'électeur. Le mot de passe ne doit jamais être conservé en clair et, sauf envoi postal, ne doit pas circuler en clair ; un lien à usage unique permettant à l'agent de définir lui-même son mot de passe constitue une solution privilégiée.
L'utilisation de l'adresse électronique ou du téléphone personnels des agents est en principe exclue, sauf demande expresse et démontrable de l'électeur. Ce point est décisif dans les petites communes, où de nombreux agents techniques, ATSEM ou agents d'entretien ne disposent pas d'une adresse professionnelle. La tentation est grande de « dépanner » en utilisant le numéro de portable personnel figurant dans le dossier de l'agent : c'est précisément ce que la doctrine de la CNIL invite à éviter, sauf demande expresse de l'intéressé, et que le Maire doit anticiper en organisant, par exemple, une remise en main propre contre signature.
Enfin, la question secrète éventuellement utilisée pour la réinitialisation des accès ne peut pas reposer sur des informations facilement connues, comme la date de naissance ou le code postal. Les courriers de vote, quant à eux, doivent être distribués sous pli fermé et nominatif. Un paquet d'enveloppes laissé sur le comptoir de l'accueil, à la vue des administrés, constitue déjà un incident de sécurité qu'il conviendra de documenter.
Le poste de vote en mairie : protéger le secret du suffrage
Pour les agents qui ne disposent pas de matériel informatique, la collectivité met à disposition un poste permettant de voter pendant la période d'ouverture du scrutin. Le Code général de la fonction publique encadre l'usage de ces équipements dans ses articles R. 211-556 à R. 211-558, et l'expertise indépendante porte elle-même sur leurs conditions d'utilisation. Dans une mairie rurale, ce poste est souvent celui de la salle du conseil ou, pire, celui de la secrétaire de mairie.
Imaginons la scène : Madame Martin, agent d'entretien, vient voter un mardi matin. Peu à l'aise avec l'informatique, elle demande de l'aide à la secrétaire de mairie, qui se penche sur l'écran au moment où elle choisit sa liste. Le secret du vote, garantie fondamentale de toute élection, vient d'être compromis, sans aucune intention malveillante. Le poste dédié doit donc être installé dans un espace isolé, à l'abri des regards, et l'assistance apportée doit se limiter à l'accompagnement technique de la connexion.
Les précautions techniques sont tout aussi importantes. Le navigateur ne doit pas mémoriser les identifiants ; la session doit être fermée après chaque vote ; le poste doit être à jour de ses correctifs de sécurité et protégé par un antivirus. Un poste partagé sur lequel le mot de passe de l'agent précédent resterait enregistré permettrait à n'importe qui de consulter ou d'altérer un vote. Le Maire, en signant l'arrêté organisant ces modalités, doit s'assurer que ces consignes simples ont été rédigées et transmises aux agents d'accueil.
Information des agents, registre et analyse d'impact : la documentation du scrutin
L'organisation d'un vote électronique ne nécessite aucune formalité préalable auprès de la CNIL, mais elle n'échappe pas au principe de responsabilité posé par l'article 5, paragraphe 2, du RGPD. Le traitement doit être inscrit au registre des activités de traitement de l'autorité organisatrice, conformément à l'article 30. Les agents doivent recevoir une information complète au sens de l'article 13 : identité du responsable de traitement, finalité, destinataires des données, durée de conservation et modalités d'exercice de leurs droits d'accès et de rectification. Cette information peut être transmise par le prestataire, mais elle demeure de la responsabilité de l'organisateur.
La question de l'analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) se pose également. Un scrutin électronique traite des données relatives à des salariés, potentiellement à grande échelle, au moyen d'une technologie dont la défaillance aurait des conséquences graves sur l'exercice d'un droit fondamental. Les acteurs du secteur considèrent qu'une AIPD doit être menée, et l'article 36 du RGPD impose de consulter la CNIL si l'analyse révèle un risque résiduel élevé que les mesures prévues ne permettent pas de réduire.
Après le scrutin : scellés, archivage et destruction
La proclamation des résultats ne met pas fin aux obligations. Les fichiers de preuve du scrutin, qu'il s'agisse des programmes, des listes d'émargement, des résultats ou des sauvegardes, doivent être conservés sous scellés jusqu'à l'expiration des délais de recours et, en cas de contentieux, jusqu'à la décision juridictionnelle définitive. L'article R. 211-580 du Code général de la fonction publique encadre ces opérations d'archivage, qui font également l'objet du rapport final d'expertise.
Une fois ces délais écoulés, le principe de limitation de la conservation impose la destruction des données qui ne sont plus nécessaires, y compris les copies des listes électorales conservées dans les boîtes de messagerie ou sur les postes de travail. Il est fréquent que, quatre ans plus tard, au moment de préparer le scrutin suivant, une commune découvre dans un dossier partagé l'intégralité des fichiers d'agents de l'élection précédente, avec des personnes parties depuis longtemps.
Le contrat du prestataire doit lui aussi prévoir la suppression des données à l'issue de sa mission, attestée par écrit. Cette attestation, conservée dans la documentation RGPD de la collectivité, permettra de démontrer, en cas de contrôle de la CNIL, que la chaîne du scrutin a été maîtrisée de bout en bout.
L'accompagnement Etatys : un scrutin sécurisé sans alourdir la mairie
Pour une secrétaire de mairie déjà mobilisée par la préparation budgétaire, ajouter à sa charge la vérification des listes, l'organisation du poste de vote et la mise à jour de la documentation RGPD peut sembler insurmontable. C'est précisément pour alléger ce fardeau qu'Etatys a conçu ses outils. Lors de toute nouvelle mise en conformité, la création de l'ensemble des dossiers clients est automatisée : registre des traitements, fiches relatives aux traitements RH, mentions d'information et procédures sont générés d'emblée, ce qui permet d'intégrer sans délai un traitement ponctuel comme celui des élections professionnelles.
La matière électorale illustre parfaitement la nécessité d'une veille constante : une recommandation de la CNIL adoptée en mars 2026, une application transitoire de l'ancien texte pour le scrutin de décembre, une obligation de transmission des rapports d'expertise récemment précisée. L'outil de veille juridique exclusif développé par Etatys repère ces évolutions et met à jour la documentation de nos clients, afin que chaque commune dispose de modèles et de consignes alignés sur l'état du droit au jour du scrutin. Nous aidons ainsi nos collectivités à vérifier les données transmises au centre de gestion, à rédiger les consignes du poste de vote et à documenter l'ensemble des opérations.
Conclusion : un scrutin sincère est d'abord un scrutin respectueux des données
Les élections professionnelles du 10 décembre 2026 sont un moment essentiel du dialogue social territorial. Leur sincérité repose sur des listes exactes, des identifiants sûrs, un secret du vote préservé et une conservation maîtrisée des preuves. Chacune de ces garanties est, en réalité, une exigence du RGPD.
Le Maire, même lorsque le scrutin est organisé par le centre de gestion, reste comptable des opérations conduites dans sa mairie : les données transmises, les courriers distribués, le poste de vote mis à disposition. Les quelques semaines qui séparent encore de l'ouverture du vote suffisent à vérifier ces points, à condition de s'y atteler sans attendre.
Etatys est le cabinet de mise en conformité qui accompagne les communes, les intercommunalités, les CCAS et les centres de gestion dans chacun de ces moments sensibles de la vie administrative. Notre solution de DPO externalisé, appuyée sur l'automatisation de vos dossiers et sur notre veille juridique permanente, vous permet d'aborder le scrutin avec des procédures claires et une documentation à jour. Contactez Etatys dès aujourd'hui pour sécuriser l'organisation des élections professionnelles dans votre collectivité et garantir à vos agents un vote sincère, secret et respectueux de leur vie privée.




